- Vous écrivez ?

- Moi aussi j’écris…

- Quel genre ?

- Poésie…

- Moi aussi j’écris de la poésie.

L’émotion laissa planer un silence dans l’air. Une poignée de main. « Au revoir, à bientôt ».

Il ferma le journal et cette phrase continua à roder dans sa tête :

-Les types comme vous il faut les enterrer sous trois mètres de terre en Patagonie avec une balle dans la nuque … !

Ce n’était pas la première fois qu’en pleine nuit l’image du lieutenant le visant depuis son bureau, dans cette pièce minuscule où, grâce à une radio minuscule, il écoutait les communiqués de la Junte Militaire, l’assaillait et l’empêchait de poursuivre un sommeil réparateur et mérité.

Hier soir, dans un rêve surprenant,  j’ai eu la vision d’une rencontre avec Carlos Gardel. Dans une ville inconnue, j’étais entré dans un bar où pas mal de monde entourait un homme qui, je suppose, se trouvait là pour chanter du tango dans un endroit des environs. Le voyant vêtu d’un costume noir, les cheveux gominés, je me dis : « mais bien sûr, c’est lui ! ». Et le maître me regarda fixement comme pour corroborer ma surprise.

En soi, ce fut une expérience très courte, de quelques mois seulement, quatre ou cinq, je ne me souviens pas très bien. Faudrait-il retrouver peut-être mes bulletins de salaire, là on aurait le renseignement précis de la durée de telle « aventure ». Lors d’un récent voyage à Paris, j’ai eu besoin de me balader par le quartier du Châtelet, les Halles et la rue des Lombards ; besoin de voir, sentir, me rappeler de tant de nuits où le voile nocturne tombait sur la capitale, et avec l’éclairage public, une autre ville, une autre faune,  se réveillait.

Et dire que ça aurait pu être une grande Académie… « Et un-deux-trois-quatre et un-deux-trois-quatre… ».

Grâce à ce tango moqueur et insolent... (Con este tango que es burlón y compadrito…).

Au deuxième étage d’un immeuble vieux et délabré était installée la prestigieuse académie de danse « Saint Joseph ». On l’avait baptisée ainsi non tant en hommage au celèbre saint qu’à cause de la proximité de la station du métro du même nom. Un petit hall d’entrée et une enfilade infinie de pièces l’abritaient.

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